Henri Guaino : Le prisonnier de ses idées !!

9 octobre 2008

Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy : Ce que sont ces étranges « amis de l’Afrique »…

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Préface de Elikia M’Bokolo Le plus surprenant concerne l’Afrique elle-même, où le contexte mémoriel comporte des paradoxes saisissants. II est important de souligner que le premier à réagir au « discours de Dakar» a été le président sud-africain Thabo Mbeki. Sa réaction, largement positive, avec la seule réserve concernant sa maîtrise de la langue française et les subtilités discursives de ce discours, affirmait la convergence totale de ses points de vue avec ceux du président français: ce discours, dit-il en substance, peut former la base d’un dialogue entre l’Afrique et l’Europe. D’autres responsables africains ont tenu à témoigner des «malentendus» entourant ce discours : Nicolas Sarkozy reste, selon eux, un « ami de l’Afrique» ; la paternité du discours ne lui reviendrait pas; il ne l’aurait pas lu avant d’entrer dans l’amphithéâtre où le discours a été prononcé et n’en aurait connu le contenu qu’en le prononçant!

Le seul qui ait été cohérent avec ses fonctions à la tête de la commission de l’Union africaine est Alfa Oumar Konaré qui, sur les antennes de Radio France Internationale, qualifia ces propos d’” inacceptables ». Habile dans le jeu bien connu, mis au point tout au long des dominations que l’Afrique a connues et consistant, pour discréditer un Africain, à lui opposer un autre Africain conforme à la posture favorable aux dominateurs, Henri Guaino n’a rien trouvé de mieux que de balayer d’un revers de la main les arguments de Konaré pour valoriser les propos de Thabo Mbeki : sans se référer précisément à ses arguments, il voulut l’enfermer dans la position de celui qui, «resté dans son registre habituel, celui de la critique contre Nicolas Sarkozy », n’aurait rien compris à la singularité du discours de Dakar!

Ces réactions doivent nous conduire encore plus loin, vers l’examen attentif des pratiques mémorielles dans l’Afrique d’aujourd’hui. En se limitant aux faits les plus récents, on se rend compte que les contradictions sont énormes d’un pays à l’autre et à l’intérieur d’un même pays. Les apologies de la colonisation ne manquent pas, comme on l’a vu en 2006 au Congo, lors des fastueuses cérémonies accompagnant le « retour des cendres» de Pierre Savorgnan de Brazza, l’explorateur franco-italien, créateur du Congo français à la suite de la signature du « traité Makoko » avec le « roi» des Batéké, et des membres de sa famille à Brazzaville, de même qu’en République démocratique du Congo lorsque, à l’indignation générale, un ministre de la Culture a tenté, sans succès, de réinstaller sur son socle colonial érigé à Kinshasa aux temps du Congo belge la statue équestre du roi des Belges Léopold II.

Mais, dans ces deux pays, comme dans d’autres, des groupes actifs continuent d’exalter la mémoire des résistances et des luttes contre la traite et contre la colonisation. L’un des temps forts récents de ces combats fut, toujours en 2006, les manifestations marquant les commémorations, en Angola, du tricentenaire du supplice de « Dona Béatrice» Kimpa Vita, la prophétesse antiesclavagiste, fondatrice du mouvement messianique des Antoniens qui fut condamnée à être brûlée vive pour hérésie, et, au Bénin, l’ancien Dahomey, le centenaire de la mort de Béhanzin, le douzième roi du Dahomey, déporté en Martinique après avoir lutté contre l’expansion coloniale française dans son pays. Il y a donc urgence, plus exactement une double urgence pour les historiens que nous sommes et pour tous ceux qui défendent la même conception et la même pratique de l’histoire que nous: une urgence à réagir, à multiplier les lieux et les formes de réactions, et, surtout, une urgence à prendre l’initiative. La production scientifique relative à l’histoire de l’Afrique est, de l’avis de tous les spécialistes, appréciable tant par sa quantité que par sa qualité. La seule inquiétude ici concerne la publication de ces travaux dont un trop grand nombre restent dans les rayonnages des centres de recherche spécialisés. Il faut surtout se préoccuper de disséminer le plus largement possible l’histoire, la vraie histoire de l’Afrique et des peuples africains, en Afrique et hors d’Afrique. La jeunesse africaine est avide de savoir. Elle se pose légitimement des questions qui reviennent presque toujours à celle-ci: comment se fait-il que nous en soyons là où nous sommes aujourd’hui? Parallèlement à l’écrit, nous disposons désormais de toutes sortes de moyens techniques pour procéder au mieux à cette dissémination. C’est là assurément le moyen le plus certain d’armer intellectuellement les citoyens d’Afrique, d’ici et d’ailleurs, et d’empêcher les Sarkozy et autres diseurs de balivernes, prétendument« amis de l’Afrique» d’aller devant eux jouer aux montreurs.

Postface de CATHERINE CLÉMENT : Un chef d’Etat a-t-il le droit de se fier à ce point ?

Je pense que non

Philosophe de formation, romancière par ailleurs, je ne suis pas qualifiée pour intervenir dans des travaux d’historiens; je veux simplement porter témoignage d’un sérieux incident survenu au micro de France Culture, un mercredi d’octobre 2007, alors qu’Henri Guaino était l’invité des «Matins de France Culture», émission d’Ali Baddou dans laquelle je tiens une chronique hebdomadaire sur « les cultures des autres ». J’avais sous les yeux l’entretien d’une page que mon amie Adame Ba Konaré avait accordé cette semaine-là à l’hebdomadaire Jeune Afrique : elle y annonçait le lancement des travaux qui s’achèvent au moment où j’écris ces lignes, pour répondre aux propos tenus par le président de la République française lors de son voyage officiel au Sénégal à l’Université Cheikh-Anta Diop – université où, sous l’autorité de mon jeune camarade Souleymane Bachir Diagne, j’ai donné bénévolement un séminaire de troisième cycle de philosophie pendant les trois années de mon séjour à Dakar, de 1996 à 1999. J’ai donc longuement fait état de l’interview d’Adame Ba Konaré, puis j’ai interpellé Henri Guaino sur le contenu du discours de Dakar, la question de l’auteur n’étant pas prioritaire: lui ou son supérieur hiérarchique, le contenu ne faisait aucune différence. Très vite, j’ai dit ce que je pense: ces propos étaient” limite racistes ». Encore ma formulation était-elle très réservée au regard de mes sentiments profonds. Mon interlocuteur est aussitôt entré dans une violente colère en prétendant me faire taire; il n’a pas réussi. Puis, et c’est là que je veux en venir, invoquant l’héritage des grands anthropologues français d’autrefois, il a rapproché le sort fait à ce discours de Dakar des accusations portées contre Claude Lévi-Strauss à propos de «Race et Culture 1 », conférence prononcée à la demande de l’Unesco en 1971, succédant à Race et histoire, conférence de 1952. «Tenez, c’est exactement ce qui est arrivé à Lévi Strauss! », s’est exclamé Henri Guaino. Précisons. En effet, après la publication de « Race et Culture », dans quelques hebdomadaires français de gauche, notamment Le Nouvel Observateur, Claude Lévi-Strauss a été accusé de racisme sous deux prétextes : d’abord, il utilisait la génétique des populations, discipline scientifique encore mal connue, et peu admise, le seul terme de « génétique» évoquant l’eugénisme et ses méfaits nazis de façon irréfléchie; ensuite, il décrivait avec précision les dangers des rapprochements hâtifs entre populations, les différences entre les cultures ayant besoin de distance et de pénombre pour se préserver, thèse qu’il n’a cessé de poser depuis lors sans susciter les mêmes réactions. Simplistes et fumeuses, ces accusations de racisme ont disparu avec la popularisation et les progrès de la génétique contemporaine. Peut-être me faut-il préciser qu’en 1970, j’ai publié le premier livre écrit sur Lévi-Strauss  et, en 2000, le « Que sais-je? » qui lui est consacré, après un dialogue amical commencé en 1962. Il n’existe évidemment pas le moindre rapport entre les propos de Lévi-Strauss et ceux du discours de Dakar, et pour cause! Lévi-Strauss est l’anthropologue français qui, dès 1949 et plus encore avec Tristes tropiques en 1955 “ a tordu le cou aux vieilles thèses ethnocentriques de l’anthropologie française, dont certaines – pas toutes – souffrirent durablement de l’idéologie colonialiste. En revanche, ce sont ces thèses ethnocentriques désuètes que l’on retrouve intactes dans le discours de Dakar, expression maximale de la supposée supériorité européenne.
On a le droit de ne pas savoir. On a le droit d’apprendre seul, et c’est qu’a fait Henri Guaino, qui a raison de revendiquer d’être un autodidacte. Mais utiliser des connaissances fragmentaires apprises en solitaire lorsqu’on est conseiller d’un chef d’État, ne pas en faire vérifier la justesse et l’actualité par des historiens et des anthropologues, c’est un risque. Je comprends que la quête de la beauté du style l’a emporté sur la prudence: autre risque, que  Platon ne cesse de dénoncer par la bouche de Socrate ridiculisant les rhéteurs athéniens, attachés à la beauté du verbe au détriment de la vérité. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’aucun frein n’ait entravé la démarche rhétorique du président de la République française: est-il possible qu’il ne se soit trouvé personne pour signaler l’erreur et le danger ? Fallait-il que le président de la République française soit à ce point confiant ? Un chef d’État a-t-il le droit de se fier à ce point? Je pense que non.
Henri Guaino ne s’est pas arrêté là. Pour me clouer le bec, il a utilisé un argument que chacun jugera: «Vous n’êtes pas africaine! Alors vous n’avez pas le droit de vous mêler de questions africaines. »Je suis restée muette de stupeur, je l’avoue; mais à ma place, l’excellent Olivier Duhamel, autre chroniqueur des «Matins de France Culture “, s’est chargé d’expliquer à Henri Guaino pourquoi il déraisonnait. L’émission touchait à sa fin. Hors studio, loin des micros, j’ai mis dans la main d’Henri Guaino le numéro de Jeune Afrique, en lui conseillant vivement d’en profiter pour laver l’outrage fait à l’Afrique. L’a-t-il fait? Je ne sais. J’avais en face de moi un homme sincèrement indigné, sincèrement inconscient des erreurs qu’il avait pu commettre, sincèrement prisonnier de ses idées. Peut-il comprendre? Ce n’est pas certain. Je m’interroge sur l’apprentissage des connaissances dans le monde d’aujourd’hui. Tout le monde peut être autodidacte, tout le monde peut penser apprendre seul, sur la Toile, dans des encyclopédies comme Wikipédia, par exemple. Pour avoir lu Sur Wikipédia une biographie de moi totalement erronée, pour avoir constaté sur nombre de sujets l’énorme quantité d’erreurs diffusées sur la Toile, je sais quels risques encourt la connaissance ainsi disséminée: fragile, incomplète, mensongère parfois, mal construite toujours, elle perd sa force de vérité et sa qualification. Elle n’est plus connaissance, mais rumeur du monde; elle n’est plus de l’ordre du savoir. II faut plus d’une personne pour construire un savoir; il faut des décennies parfois tâtonnantes, que seule une collectivité soudée peut rendre valide à la fin. Que des historiens africains se rassemblent pour corriger avec précision et par écrit l’erreur d’un chef d’État français est la seule réplique politique envisageable, la seule qui traversera les années.
Source: LE REPUBLICAIN

13 immigrés clandestins jetés en mer vivants lors de leur voyage

12 janvier 2009

Italie: 13 immigrés clandestins jetés en mer vivants lors de leur voyage

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Treize immigrés clandestins sont morts après avoir été jetés vivants en mer lors de leur voyage vers l’Italie, début septembre, a annoncé lundi le parquet du tribunal de Syracuse, en Sicile (sud de l’Italie).

Les 13 hommes faisaient partie d’un groupe de 59 Nigérians, Nigériens et Ghanéens parmi lesquelles 14 femmes et deux fillettes, arrivé le 11 septembre en Sicile, selon le communiqué du procureur Ugo Rossi.

Dans un premier temps les forces de l’ordre avaient établi que « treize clandestins avaient été jetés en mer car décédés pour des raisons inconnues », selon la même source.

Les candidats à l’immigration meurent parfois de faim ou de soif lors de longues traversées et leurs compagnons de voyages les jettent alors par-dessus bord.

« L’enquête du parquet a permis de déterminer que 13 personnes étaient effectivement mortes. Les déclarations des étrangers ont permis d’apprendre que les treize immigrés clandestins disparus avaient été jetés en mer encore vivants », poursuit le communiqué, précisant que cinq personnes, le commandant de l’embarcation et quatre autres passeurs, avaient été arrêtés.

Le parquet ne précise pas pourquoi les 13 ont été jetés à la mer, mais selon l’agence Ansa, ils ont trouvé la mort car leurs compagnons de voyage les avaient accusés de porter malchance.

immigration – source Malijet .

12 janvier 2009

Entretien exclusif avec Aminata Dramane Traoré sur l’immigration

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image Aminata Dramane Traoré

« La France ne peut pas se permettre d’exiger de nos dirigeants des comportements qu’ils n’oseraient même pas envisager chez elle »

La société civile malienne, organisée autour de l’association malienne des expulsés ( AME) et le forum pour l’autre Mali ( FORAM), a fait une série d’activité pour protester contre la signature de l’accord de réadmission, sur la gestion concertée des flux migratoires entre le Mali et la France. Après le refus du Mali de signer cet accord, et à la suite des manifestations que l’AME et le FORAM ont initié nous nous sommes entretenus avec Aminata Dramane Traoré, qui a joué un rôle capital dans la mobilisation de la société civile, pour mener la résistance. Suivez plutôt.

Malijet: Qu’est ce que cet accord représente pour vous ?

Aminata Dramane Traoré: Contrairement aux promesses de « développement solidaire », « d’aide publique au développement » et de « rentabilisation des fonds des migrants », la France attend des autorités maliennes qu’elles lui prête main forte dans la réalisation de l’objectif global de 30 000 expulsions pour cette année 2009. La réticence des consulats des pays d’origine à délivrer des laissez-passer qui a largement entravé la réalisation, en 2008, de l’objectif de 26 000 expulsions doit être levée pour que le Pacte européen sur l’immigration et l’asile s’applique pleinement. La France qui se félicite de la signature de ce pacte par les autres membres de l’Union Européenne (UE) est particulièrement dure avec les ressortissants de ses anciennes colonies. En plus de l’humiliation et de la souffrance infligées aux hommes, aux femmes et aux enfants qui seront arrêtés, enfermés et expulsés, cet accord est de nature à basculer dans la misère des milliers de familles qui au Mali ne doivent leur survie qu’à la solidarité des migrants dont la contribution à l’économie malienne dépasse l’aide publique de la France au développement de ce pays. Face à cette situation nous en appelons au peuple malien, aux véritables amis et alliés du Mali afin qu’ils s’élèvent contre la violence politique et institutionnelle qui prévaut aujourd’hui dans les relations franco-euro africaines. La société civile malienne, les associations de migrants et de défense des droits des migrants estiment que , une gestion véritablement responsable et solidaire des flux migratoires dans les circonstances actuelles exige la mise à plat de l’accord de manière à impliquer le maximum d’acteurs sociaux, politiques et institutionnels ainsi que les artistes et les intellectuels dans l’élaboration de politiques migratoires soucieuses des droits et de la dignité des hommes, des femmes et des enfants qui sont en situation. La société civile critique du capitalisme mondialisé s’engage à participer activement à ce processus qui intègre les réalités économiques, sociales et politiques en amont et en aval comme l’illustre le débat citoyen qui a lieu chaque année au Mali dans le cadre de « Migrances » et les 02 journées ouvertes de réflexion de l’AME. Les flux migratoires se résorberont au fur et à mesure que le Mali ainsi que les autres pays africains prendront en charge leur destin et s’engageront dans une coopération autre que l’ouverture des économies africaines à un marché mondial qui enrichit les riches. Le choix du retour est donné dans cette perspective à ceux et celles qui un jour ont cru que l’émigration pouvait constituer une issue au chômage et à la déshumanisation. le Mali, en tant que pays d’origine et de transit a d’abord, la responsabilité d’être à l’écoute de ses ressortissants qui de l’extérieur aspirent au retour dans la dignité. Ceux qui parmi eux choisissent de vivre et de travailler en France et en Europe en ont le droit et pas comme des citoyens de seconde zone. En d’autres termes, il ne s’agit en aucun cas pour le gouvernement malien de jouer le rôle de gendarme dans la protection de l’Europe forteresse et de geôlier dans la surveillance des Maliens désireux de partir en Europe ou ailleurs, mais de choisir et d’agir de telle sorte que pour les Maliens et les Maliennes, partir ou revenir dans leur pays ne soit plus une contrainte. Au-delà de la question migratoire le Mali a le devoir d’établir le bilan critique des réformes néolibérales des trois dernières décennies lesquelles ont aggravé le chômage et semé le désarroi qui sont à l’origine de la plupart des départs.

 

Malijet: Pourquoi cette conférence débat sur les questions de migration ?

A.D.T : cette conférence est une démarche de clarification, des enjeux de l’accord, que la France appelle accord de gestion concertée des flux migratoires. Elle s’inscrit dans un contexte de mobilisation générale en France, Kayes et Bamako d’une société civile qui mesure, la gravité de l’état du monde à ces politiques migratoires, xénophobes et répressives. Jusqu’ici, chaque jour que Dieu fait des avions débarqués des maliens ici, qui sans papier, illégaux ou clandestins. Alors nous, nous plaidons aujourd’hui pour une approche véritablement concertée, parce que fondée sur une meilleure compréhension de la situation par les maliens eux-mêmes. Je crois que si la démocratie doit revêtir son sens, il est indispensable que ici, à Kayes et dans les localités les plus reculées, les citoyens maliens sachent que pour telle ou telle raison. Ils peuvent partir, ils peuvent ne pas partir, que ceux sont la bas aussi, parce que nous nous transporterons en France, nous voulons ce dialogue avec la diaspora aussi, parce que nous nous disons dans notre déclaration qu’un nombre considérable de maliens et d’africains seraient prêts à revenir d’eux-mêmes. S’ils avaient la certitude que les difficultés qui ont quitté ici, ce sont atteints ou peuvent l’être. C’est une approche qui n’est pas seulement, qui ne s’inscrit pas seulement sur le registre de la confrontation avec la France. Mais c’est une interpellation, à l’endroit de la France et des autorités maliennes, parce que nous estimons que ce pays à la capacité au plan théorique, intellectuel et politique, de mette sur la table, de proposer des orientations qui peuvent mettre nos concitoyens à l’abri de la situation actuelle, qui est extrêmement grave. Comme vous le savez, il y a la peur de sortir de chez soi, ou bien la peur d’être arrêté quant vous revenez du travail, la peur malgré vous, alors que vous n’êtes pas préparé, rien ne vous attends. Ça c’est un drame humain. Donc il faut élever le niveau du débat, dire à la France qu’aujourd’hui c’est eux qui insistent, ils sont en train de mesure à leur propre porte les conséquences de leur système, ce capitalisme mondialisé, qu’ils ont exporté, qu’ils nous ont imposé. Alors, si la coopération doit revêtir son sens. Ils doivent nous donne, on doit dans ce contexte là, je ne dis pas il y a 6 mois, 3 mois avec l’intensité et la gravité de cette crise, on ne peut pas dire comme si de rien était. On met en œuvre nos choix ça ne dépend que de nous. Nous aussi, on est des humains, on a une histoire, une histoire douloureuse certes, mais c’est une histoire ou on partage leur langue, on a quelque chose en partage avec eux. Qui de paire avec ce devoir de mémoire et de solidarité. Mais nous ne posons pas le problème en terme de solidarité, mais de droit.

 

Malijet: Pourquoi une lettre ouverte à ATT par rapport à la situation ?

A.D.T : Je crois que c’est extrêmement important, ici nous nous sommes adressés au peuple malien, mais nous pensons, nous aurions pu demander à être reçu par lui, mais nous pensons qu’en libellant les choses sous formes d’appels, c’est aussi une forme de communication, une manière de balise la voie, de jeter une passerelle, qui va permettre je l’espère dans l’avenir aux gouvernants et aux gouvernés de se parler, parce que nous ne nous parlons pas. Moi personnellement ça fait 3 ans, j’ai publié des livres, j’anime des débats, mais dans quelle mesure nous sommes entendus ? Ou bien nous nous ne sommes pas des citoyens de ce pays, donc c’est vraiment nos voies de citoyens comptent, nous aimerions que cette occasion puissent nous permettre de nous faire entendre. Parce que à l’extérieur la diaspora malienne, quant nous nous déplaçons la bas, nous rencontrons la diaspora, c’est-à-dire que nous agissons en rang dispersé. Ils peuvent exiger tout de notre gouvernement aujourd’hui, puisqu’ils savent que ce gouvernement pas derrière lui une opinion publique suffisamment forte. Mais cette opinion publique existe en France, elle a été forgée en France, nous avons de véritables alliés qui sont debout pour défendre les droits des nôtres.

Malijet: Pourquoi vous voulez que des autres associations se joignent à l’AME et au FORAM ?

A.D.T : parce que en réalité c’est nous qui avions pris l’initiative d’intervenir ensemble dans ce contexte là, mais vous avez que ce besoin de synergie s’impose, d’autres associations veulent se joindre à nous. Déjà nous l’avons réussi avec Kayes puisqu’il y a 5 associations qui sont impliquées dans la préparation de la marche du jeudi 8 janvier 2009, nous avons établi le même pont avec le collectif des associations maliennes en France. C’est un énorme boulot, c’est un beau défi, moi je pense que notre pays à les moyens de le relever.

Malijet: Face à l’armada que la France a mis en place est ce que vous pourrez gagner ?

A.D.T : C’est pourquoi moi je dis que nous n’avons pas peur de lancer le défi, qui consiste à dire si vous nous laisser le temps de la réflexion et de la concertation, nous pouvons construire avec vous. C’est ce que nous disons à la France, nous le disons à notre gouvernement, c’est pour ça que c’est un défi démocratique. La France ne peut pas se permettre d’exiger de nos dirigeants des comportements qu’ils n’oseraient même pas envisager quant il s’agirait de leur propre concitoyen. On l’a dit la démocratie et la souveraineté doivent revêtir les mêmes sens pour tout le monde. C’est ce temps qui est venu aujourd’hui. Et nous nous pouvons rendre service à la France qui a opéré jusqu’ici sur le registre de la violence policière, mais cela n’honore pas la France. Mais on peut l’aider à condition que nous créons, nous multiplions des espaces de dialogues et que nous pussions développer nos propres capacités de propositions.

Malijet: On peut dire qu’il y a eu une satisfaction parce que le Mali a refusé de signer l’accord de réadmission ?

A.D.T : Oui moi je crois que moralement, politiquement c’est satisfaisant, mais c’est aussi un énorme défi. Parce que nous avons pris l’engagement de nous impliquer à fond, dans les échanges de dialogues politiques sur la manière d’approche cette question là. C’est pour cette raison que nous nous devrions de nous parler, entre nous de savoir ou est ce que nous en sommes, dans la recherche d’alternatives aux politiques migratoires répressives. Nous allons continuer à partager avec la population ces réponses certes modestes. Mais qui sont transversal ici, dans ce petit espace qui est devenu un petit laboratoire d’idées. On a touché pratiquement à tout, la construction en terre, les alternatives en matière d’énergie, l’éducation, la santé, l’alimentation. Mais nous insistons surtout sur l’impérieuse nécessité de penser nous-mêmes et de penser dans nos langues, de nous parler dans nos langues. Vous avez comment nos démarches sont riches, et quant les choses sont dites dans les langues nationales les gens comprennent. En 24 heures les femmes vous disent qu’elles ont appris considérablement, et qu’aujourd’hui nombreuses sont les femmes, qui estiment au moins si l’un de leurs enfants ne part quelque soit les conditions, il n y a pas d’issu. Bon, nous disons soit, en attendant faisons de telle sortes que nos enfants, nous ont tellement chers, que nous pouvons les trouver des alternatives, qui permettent à ceux qui envie de revenir de revenir. Ceux qui n’ont pas envie de partir de rester. Parce qu’il y a les autres avant de monter dans les bateaux ont peur, ils le disent. Moi j’ai eu vent des témoignages l’enfant appellent les siens au téléphone on va partir, mais j’ai peur. C’est un drame, c’est un véritable drame, il faut que les occidentaux sachent, qu’il s’agit d’une véritable hémorragie pour l’Afrique, que nous en sommes conscientes, mais que cela ne les autorise pas pour autant à nous humilier. C’est les conditions dans lesquelles on veut expulser les gens, sans respecter leur droit et la manière dont on veut forcer la main aux responsables d’un état souverain d’un état qui pose problème. Maintenant je ne sais pas les semaines à venir vont nous permettre d’avoir davantage d’informations. Nous en tout cas, nous avons posé un peu le jalon de ce qui nous reste à faire en tant que société civile critique.

Malijet: Après cette étape est ce que le gouvernement ne va pas vous écoutes ?

A.D.T : Il n y a pas mal de malentendus, mais ils se rendent compte qu’avec très peu de moyens, nous parvenons avec ce qui est de la bataille des idées, de l’éveil des consciences à faire le maximum à dire des choses, peut être qu’ils ne peuvent pas dire. Mais nous aurions aimé que cela puisse se poursuivre. Qu’on nous laisse la liberté de nous exprimer, d’occuper certains espaces tout le monde nous a vu marcher, on a rien cassé, on ne porte de préjudices à personnes. Mais ceux qui parviennent à les écouter et à reculer, ont fait preuve de démocratie parce qu’ils savent que dans leur propre pays, ils ont une opinion et ils savent que nous sommes en relation avec cette opinion. Aujourd’hui grâce aux médias et à Internet, les appels que nous avons lus ici ont été lus à Kayes, sont aujourd’hui connus de tout le monde. Autant contribuer à l’émergence, on a déjà émergé mais à la consolidation de cette forme de société civile, qui sait se saisir des grands enjeux. Il faut seulement qu’ils nous tolérer, quant nous sommes une société civile qui s’occupe de question sectorielle. Et des questions qui ne fâchent personne. Qu’on nous laisse la liberté de poser les problèmes tel qu’ils sont, comme les riches mêmes le font chez eux, et c’est en ce moment seulement qu’ils commencent à nous respecter.

Malijet: Avez-vous espoir dans cette lutte, avec à vos côtés l’AME ?

A.D.T : C’est important parce que nous fonctionnons sur des registres complémentaires, nous est au centre ici, dans l’expérimentation, la documentation, le plaidoyer, eux ils sont sur le terrain, à l’aéroport en train d’accueillir des gens qui ont souffert, qui ont voyagé dans des conditions terribles. Cela doit se faire, moi je sais personnellement je n’ai pas le temps, physiquement je ne peux pas être la bas. J’occupe d’autres espaces, qui permettent d’élaborer les messages de bousculer les préjuges. Et c’est en cela qu’on est complémentaire, c’est extrêmement important que nous marchions ensembles et c’est pour ça que nous avons lancé l’appel à d’autres associations pour que nous pussions consolider ce front au lieu que nous allons en rang dispersé.

Par Kassim Traoré.

Source: Malijet

La France, une bonne planque pour les dirigeants africains ?

9 octobre 2008

La France, une bonne planque pour les dirigeants africains ?  dans Presse Africaine arton14774 SociétéAfrique CentraleAngolaBurkina FasoCongoFranceGabonGuinée équatoriale - Justice

La France, une bonne planque pour les dirigeants africains ?
Une plainte a été déposée contre cinq chefs d’Etat africains pour « détournement de biens publics ». Deux organisations non-gouvernementales ont déposé une plainte, mercredi, au parquet de Paris, contre plusieurs chefs d’Etat africains accusés de corruption et de détournements de fonds publics, dont une bonne partie serait « recyclée » en France. Leur patrimoine, que ces dirigeants ne peuvent justifier avec leur seul salaire, s’élève aujourd’hui à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Omar Bongo le Gabonais, Denis Sassou-Nguesso le Congolais, Eduardo Dos Santos l’Angolais, Blaise Compaoré le Burkinabé ou encore Teodoro Obiang Nguema le Guinéo-Equatorien sont sur la sellette. Une plainte a été déposée, mercredi, au parquet de Paris, contre ces cinq chefs d’Etat africains et leurs familles pour « recel et détournement de biens publics ». A l’initiative de ce recours juridique, l’ONG Transparency International (TI), qui lutte contre la corruption dans le monde, et des ressortissants gabonais et congolais, représentés par William Bourdon, avocat et président de Sherpa, une association de juristes spécialisé dans les affaires économico-financières.

Des propriétés et des voitures de luxes à gogo

Les chefs d’Etat africains visés par la plainte comptent parmi les plus pauvres de la planète. Au pouvoir depuis des dizaines d’années, ils détiennent pourtant « un patrimoine mobilier et immobilier considérable que leurs salaires ne peuvent expliquer », explique Julien Coll. Joint par Afrik.com, le délégué général de TI ajoute que, « pour quatre d’entre eux, leur patrimoine a été confirmé grâce à un rapport préliminaire » établi l’an dernier par la police française. « Il est même plus important que ce qui avait été estimé », ajoute t-il.Le rapport de police répertorie ainsi pas moins de 50 propriétés de luxe pour la grande famille Bongo/Sassou-Nguesso (le président congolais est le beau-père d’Omar Bongo), dont certaines sont situées dans les rues huppées de la capitale parisienne. Parmi elles, Omar Bongo possède un hôtel particulier près des Champs-Elysées acquis en juin 2007 pour près de 19 millions d’euros. En 41 ans de pouvoir absolu, il a su faire fructifier son capital. Il en va de même pour les autres chefs d’Etat. Avec quelques propriétés et surtout une vingtaine de voitures de luxe en leur possession – qui valent, pour certaines, jusqu’à un million d’euros pièce -, la famille Obiang Nguema n’est pas en reste. En revanche, la police n’a rien découvert de probant qui appartienne à M. Dos Santos et M. Compaoré, hormis les deux propriétés parisiennes de l’épouse du dirigeant burkinabé.

Des comptes en banques bien remplis

Entre 100 et 180 milliards de dollars : c’est l’estimation des fonds placés à l’étranger par des dirigeants africains au cours des dernières décennies, selon le rapport « Biens mal acquis… profitent toujours », publié en mars 2007par le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD). Pire : d’après une estimation de Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds Monétaire International (FMI), les chiffres dépasseraient les 1 000 milliards de dollars si on inclut les proches des dictateurs !Une précédente plainte a été déposée pour les mêmes faits et contre les mêmes dirigeants l’an dernier. Elle a été classée sans suite par le parquet de Paris, jugeant les infractions « insuffisamment caractérisées ». « Il est très possible que les intérêts économiques et diplomatiques ont été pris en compte, même si ces allégations ne sont pas prouvées », déclare M. Coll. Il explique cependant que « les présomptions de détournements d’argent public sont fortes à leur encontre », ce qui justifierait les milliards de dollars que les dirigeants possèdent à l’heure actuelle.

Combattre le recyclage des fonds détournés

Pour éviter que la plainte ne soit classée sans suite une seconde fois, « on a adopté une stratégie juridique », explique Maud Perdriel, juriste pour Sherpa. « On a déposé une plainte simple qui sera nécessairement classé sans suite. Mais c’est une étape préalable pour déposer une plainte avec constitution de partie civile. Lorsqu’elle sera jugée recevable, l’instruction sera ouverte », affirme-t-elle.

A trop piller les ressources de leur pays, de nombreux dirigeants des pays du Sud ont fini par accroître les inégalités. Et la crise alimentaire en cours n’arrange rien. « Il est donc nécessaire de restituer l’argent détourné aux populations. Si la justice détermine que l’origine des avoirs est illicite, ils ne doivent pas être recyclés sur un territoire étranger au pays d’origine, et le pays qui les détient doit s’assurer de sa bonne restitution », déclare M. Coll.

« Il est difficile d’anticiper ce qui va se passer. Mais Sarkozy (le président français, ndlr) s’est engagé à changer les relations franco-africaines lors de sa campagne présidentielle », poursuit-t-il, rappelant malgré tout l’épisode « Jean-Marie Bockel », ex-secrétaire d’Etat français à la Coopération débarqué après avoir annoncé « le décès de la Françafrique ».

Le statut d’immunité des chefs d’Etat risque de se dresser contre les plaignants. Cependant, le délégué général de TI estime que leur « recours juridique [est] solide et juste ». « On compte sur les médias pour relayer l’information et ainsi mobiliser davantage la société civile », conclut Mme Perdriel.

L’Afrique est devenue le Far West des Chinois

7 octobre 2008

L’Afrique est devenue le Far West des Chinois

Mardi 27/05/2008 | Posté par Serge Michel

Affamée de matières premières, la Chine s’installe sur le continent noir. Efficaces, courageux, ambigus aussi, les nouveaux colons contribuent à l’essort de l’Afrique.

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Pendant plus d’un an, Serge Michel et Michel Beuret, qui comptent tous deux parmi les fondateurs du Bondy Blog, ont parcouru quinze pays avec le photographe Paolo Woods pour une série d’articles et un livre, paru chez Grasset le 20 mai : La Chinafrique. Serge Michel nous livre ici trois aperçus de ce travail : au Congo, au Nigeria et en Angola, où l’on découvre les Chinois en train de couper du bois, d’industrialiser un pays ou de le bâtir.

Au Congo, les bûcherons sont chinois

L'Afrique est devenue le Far West des Chinois dans Presse Africaine 000054_tSi l’on demandait à un échantillon d’Occidentaux de désigner une terre nouvelle, un far west à conquérir, ils songeraient probablement aux gratte-ciels de Shanghai. Mais si l’on posait la même question à des Chinois, ils pourraient bien évoquer un des 53 pays d’Afrique et pourquoi pas le Congo Brazzaville, petite république à peine remise d’une guerre civile, où les routes asphaltées sont aussi rares que les heures de la journée durent lesquelles les réfrigérateurs fonctionnent sans groupe électrogène.

Prenez Jessica Ye. « Je suis arrivée à Brazzaville en 2000, les mains vides », dit cette femme de 37 ans, originaire de Wenzhou, au sud de Shanghai. Elle ouvre un restaurant, puis deux, puis une boutique, puis deux, alimentées par de la marchandise que ses cousins envoient de Chine. Aujourd’hui, elle a fait venir 80 membres de sa famille pour s’occuper de ses affaires : une fabrique de fenêtres en aluminium, une boîte de nuit, une dizaine de boutiques et toujours plus de restaurants.

Pendant que Jessica posait les bases de sa fortune, des milliers de Chinois sont arrivés dans le pays, la plupart pour les infrastructures dont le Congo a tant besoin : un barrage, des routes, des habitations. Mais la famille Yé conserve sa longueur d’avance. Le frère de Jessica, Ye Xiang Yang, importe du ciment alors que son mari, Zhang Ke Qian a pris la direction de Sicofor, qui exploite 800 000 hectares de forêt, dont une concession en plein parc national de Conkouati.

Alors que six arbres coupés sur dix partent en Chine, le WWF estime que deux tiers des forêts du bassin du Congo, seconde plus grande forêt tropicale au monde après l’Amazonie, pourraient disparaître en 50 ans si l’exploitation se poursuit à ce rythme. Zhang Ke Qian, lui, n’a qu’un but : doubler sa production pour atteindre son quota de 919 troncs par jour.

L’ONG américaine WCS, elle, voudrait protéger le parc de Conkouati, un trésor de biodiversité. Mais Hilde van Leeuwe, sa représentante, s’arrache les cheveux au fur et à mesure que Sicofor s’approche de son quota. « Les Chinois ne nourrissent pas leurs bûcherons congolais, dit-elle. Pour manger et arrondir leurs salaires, ils chassent toutes les nuits. » En février 2007, elle a intercepté un pick-up chargé de 86 dépouilles d’animaux, dont plusieurs gorilles et chimpanzés tout juste décongelés. Le seul congélateur de toute la forêt appartient à Sicofor.Au Nigeria, les entrepreneurs sont chinois
33_t dans Presse AfricaineJacob Wood est né à Shanghai il y a 60 ans et a déjà passé la moitié de sa vie au Nigeria. Après avoir longtemps tenu un restaurant chinois, il prend son essor au début des années 2000, lorsqu’il peut importer de la main d’œuvre chinoise qualifiée pour ouvrir une usine après l’autre. « Les Chinois commencent tous par importer des marchandises en Afrique, dit-il, mais ce qu’il faut, c’est produire sur place. Il y a tant à faire ! » Il possède aujourd’hui deux hôtels, un restaurant de 1500 places spécialisé dans les banquets pour grosses fortunes nigérianes, une entreprise de construction et une quinzaine d’usines allant de l’assemblage de climatiseurs géants aux machines de chantier. Il emploie 300 Chinois et cinq fois plus de Nigérians.

Jacob Wood, à qui l’ancien président Olusegun Obasandjo demandait régulièrement conseil, est aussi très écouté par les hautes autorités de Pékin. Il se veut le symbole des entrepreneurs chinois au Nigeria, à la fois généreux (il a offert à la ville de Lagos une école pour 4000 élèves, ce qui lui a valu le titre de chef africain) et débrouillard (il paie par un banquet annuel à l’association des femmes d’officiers le privilège d’avoir immatriculé toute sa flotte de 4×4 avec des plaque de police). Il est ici avec son garde du corps sur le chantier de 544 maisons pour les employés de Chevron, que son entreprise a construites en douze mois.

Partout sur le continent, l’enthousiasme des Chinois et le rythme effréné de leurs affaires offrent un contraste saisissant avec des Occidentaux souvent pessimistes et des populations locales résignées au chômage et aux activités de survie. Le succès des Chinois reste pourtant un mystère, même pour Pat Utomi, patron de la Lagos Business School. « Je ne comprends pas comment ils font. Nos entrepreneurs ferment leurs usines alors qu’ils n’arrêtent pas d’en ouvrir. J’ai commandé un rapport à mes étudiants. » Lesquels seraient bien inspirés d’aller faire un tour dans l’usine de biscuits Newbisco, près de l’aéroport de Lagos, qui a passé par des mains britanniques, indiennes et nigérianes sans jamais atteindre la rentabilité. Quand M. Y. T Chu, actif jusque là dans l’acier, l’a reprise en 2000, elle était en ruine. L’usine produit aujourd’hui 70 tonnes de biscuits par jour. Et songe à s’agrandir. « Nous couvrons à peine 1% des besoins du marché nigérian », sourit M. Chu.En Angola, les bâtisseurs sont chinois
000004_tDepuis vingt ans, les Occidentaux ont sous-traité une grande partie de leur production en Chine, faisant de ce pays une puissance économique mondiale dont les besoins ont fait exploser le prix des matières premières. Cela a enrichi à leur tour les dirigeants des pays d’Afrique qui regorgent de pétrole, de cuivre, de bois et d’uranium. Du coup, ces dirigeants ont les moyens de sous-traiter aux Chinois leurs responsabilités étatiques: fournir à leur population de l’électricité, des routes, des chemins de fer, des hôpitaux et des écoles. Le phénomène est aigu en Angola où le gouvernement, après 27 ans de guerre civile, ne sait faire que deux choses : puiser dans les revenus pétroliers et danser toute la nuit à Luanda sur l’air de la croissance la plus forte au monde : 23% en 2007. Pour tout le reste, il a fait venir 30’000 Chinois qui ont transformé le pays en vaste chantier.

Pékin, qui a fait de l’Angola son premier partenaire en Afrique et son premier fournisseur étranger de pétrole, a accompagné le mouvement d’une pluie de dollars : 9 milliards annoncés, mais 7 dont les comptes angolais ont gardé une trace. 

Où est passé la différence? Cette possible « évaporation angolaise » a déjà bloqué plusieurs projets, comme la reconstruction du chemin de fer de Lobito, et provoqué une crise diplomatique entre Pékin et Luanda. Cela réjouit les diplomates occidentaux sur place. « Les Chinois n’ont pas assez d’expérience, dit l’un d’eux. Ils ne pensaient pas que les pots de vin étaient si chers en Angola ! » Un autre enfonce le clou : « A nos amis angolais, on dit : « C’est super votre petite promenade avec les Chinois. Amusez-vous bien. Mais quand vous voudrez jouer dans la cour des grands, payez vos dettes et revenez nous voir ».

Une visite à Lobito suffirait à le faire déchanter. Si les contrats d’Etat sont temporairement dans les limbes, les entreprises privées chinoises, elles, font fortune. « En cinq ans d’Afrique, je n’ai jamais vu ça », souffle l’ingénieur Zhou Zhenhong. En 2007, sa petite entreprise a construit deux écoles, un hôpital, une caserne de pompiers et plusieurs immeubles résidentiels. « Les autorités insistent tellement pour que tout soit fait du jour au lendemain – et paient cher pour ça, dit-il. Alors on n’a pas le temps d’attendre les équipes de déminage. On le fait nous-mêmes. Cela nous a coûté quelques bulldozers, mais c’est plus rentable que de retarder le chantier. »

Serge Michel -

Article Malijet : Pour protester contre la corruption de la justice : Un magistrat malien démissionne

3 octobre 2008

Pour protester contre la corruption de la justice : Un magistrat malien démissionne

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Malick Coulibaly, un jeune magistrat malien en exercice à Kati où il était substitut du procureur de la république, vient de jeter l’éponge. Le juge entend par cet acte protester contre l’instrumentalisation de la justice malienne qui n’est plus qu’un secret de Polichinelle. Refusant de se plier à une décision dictée par un supérieur hiérarchique contre son intime conviction, il a tout simplement démissionné. Pour avoir voulu assainir la justice, un ministre malien a été sacrifié par le président ATT, à la demande des juges. Quelle peut être la portée de la démission d’un jeune magistrat ?

« Je ne peux  pas accepter que la justice de mon pays soit instrumentalisée ». C’est par cette phrase pathétique que Malick Coulibaly, substitut du procureur du tribunal de Kati, est monté au créneau hier pour dénoncer les travers de la justice du Mali. Mieux que dénoncer, il a démissionné. Il a rendu le tablier parce que son éthique, son éducation et ses convictions religieuses ne lui permettent pas de continuer à travailler dans un milieu qui n’a de justice que de nom. Selon certaines indiscrétions, il a estimé qu’il était temps qu’il parte de la justice malienne pour éviter de tomber dans certains travers de la mission que lui confère sa fonction de magistrat. Les Maliens n’avaient aucun doute que leur justice n’est que de nom. Mais, lorsque c’est un magistrat qui le dit, cela prend toute son importance et doit interpeller plus d’un. La démission de Malick Coulibaly interpelle en premier lieu le Président de la République, chef de l’Etat et Président du Conseil supérieur de la magistrature. La dénonciation des travers de la justice malienne ne date pas d’aujourd’hui. Rien n’est fait pour permettre à ce service d’Etat de jouer pleinement sa fonction dans le développement harmonieux du Mali. Et comme un navire ivre ou un avion sans pilote, la justice malienne par la faute de certains magistrats est devenu le terreau fertile de l’injustice. Or aucune nation sérieuse ne peut se bâtir dans l’injustice. Il n’est un secret pour personne que l’appareil judiciaire malien est décrié par les citoyens.
Le ministre Ibrahima Ndiaye, alors maire du district de Bamako, avait sur les antennes de la télévision nationale dénoncé tout haut ce que pensent tous les Maliens dans leurs salons. Le courage de l’ancien maire du district lui a valu un procès qui n’a pas épargné Sidiki Nfa Konaté, directeur de l’ORTM. On se souvient également que Me Fanta Sylla, à l’époque bâtonnier de l’ordre des avocats du Mali, lors d’une rentrée des cours et tribunaux, avait déclaré publiquement que le magistrat malien était indépendant de tout sauf de l’argent sale. On se souvient encore que Maître Abdoulaye Garba Tapo, à la tête du ministère de la justice, avait déclaré la guerre aux magistrats corrompus. La suite est connue de tout le pays. Il a attendu en vain le soutien du président de la République, Président du Conseil supérieur de la magistrature pour réussir ce combat. Pire, il a été désavoué publiquement par celui qui devait être le premier à le soutenir. L’émérite avocat et professeur exceptionnel de droit a été remercié du gouvernement. Le Président Amadou Toumani Touré avait cédé à la pression au moment où il ne le fallait pas. Aujourd’hui, qui mieux qu’un magistrat peut aider les autorités de ce pays à ouvrir les yeux pour admettre que l’appareil judiciaire du pays est malade du fait de certains de ses animateurs. Telle semble être la profonde signification de l’acte du substitut du procureur de Kati. La démission de Malick Coulibaly, substitut du procureur du tribunal de Kati, doit convaincre les plus sceptiques qu’il est urgent d’engager des actions salvatrices pour sauver les fondements de la République du Mali.  Ce qui vient de se passer à Kati est extrêmement grave.  Un magistrat de la République, malgré tout les pouvoirs que lui donne la loi, n’a eu comme solution que de démissionner de sa fonction. Dans l’histoire du Mali, c’est pour la première fois que cela se passe. Et comme une fois n’est pas coutume, il n’y a aucun doute que le cas de Malick Coulibaly qui était en poste à Kati depuis seulement 8 mois, sera  le point de départ d’une série de protestation. Il n’en pouvait plus, il a démissionné. Et les autorités maliennes doivent tirer toutes les conséquences de cette démission pour redorer le blason de la justice malienne. Mais, avant toutes actions des autorités du pays, il faut admettre que la balle est dans le camp des magistrats. Ceux d’entre eux qui se soucient un tant soit peu du devenir de notre nation doivent se dresser comme un seul homme face à l’arbitraire et le peuple malien reconnaissant sera à leurs côtés pour extraire la mauvaise graine de leurs rangs.
Assane Koné
Source: LE REPUBLICAIN

MALIJET : LES AIDES-MENAGERES : Des lueurs aux leurres

18 septembre 2008

image AIDES-MENAGERES

Armées de bénédictions, conseils et recommandations des parents, notabilités et sages de leur village, elle quittent le seul endroit où elles ontjusque-là vécu, pour affronter l’aventure, sinon l’inconnu, avec, pour tout bagages, leur petit baluchon sous les bras. Ainsi débarquent-elles dans la grande ville, galvanisées par leur “mission” et convaincues de retourner le plus tôt possible au bercail, munies d’un pécule assez substantiel pour mériter un accueil triomphal.

                Mais hélas, pour beaucoup d’entre elles, c’est une amère désillusion qui les attend au bout de l’aventure, tant il est vrai que vouloir est une chose, mais pouvoir en est une autre.

De la conviction à la désillusion

                Elles, ce sont ces aides-ménagères dont le souci est de rassembler un petit pactole avant le début de l’hivernage et de revenir au village pour aider leurs parents aux travaux ménagers et champêtres. Du moins, tel était l’idée première nourrie et entretenue par celles que l’autre surnommait ironiquement “Cinquante-deux”, c’est-à-dire celles qui, durant les 52 semaines de l’année, triment sang et eau pour un semblant de salaire le plus souvent mal payé ou pas du tout.

                Mais c’est sans compter avec les aléas et autres dures réalités de la vie auxquels elles n’ont pas été préparées. Aussi ont-elles vite fait d’oublier, sinon de dédaigner ou de mépriser et leur ancienne idée de retourner au village, et souvent même leurs conditions de vie originelles.

                Et ce n’est pas pour rien que depuis belle lurette, les médias -en particulier, les radios de proximité- ont donné leur langue au chat, quant à la sensibilisation de ces  aides-ménagères. On se rappelle, en effet, qu’à l’approche de chaque période hivernale, baucoup de radios lancaient des messages de sensibilisation incitant ces “bonnes à tout faire” à retourner au village.

                Mais ces dernières années, même si elles subsistent encore, ces campagnes médiatiques de sensibilisation n’en ont pas moins considérablement diminué en fréquence et en intensité. Toute chose (entre autres) qui a contribué à pousser ces aides-ménagères à verser dans la facilité, à tomber de la conviction à la désillusion, à renier leur première ambition, bref, à renvoyer aux calendes grecques la raison même de leur présence dans la grande ville.

De la désillusion à la dépravation

                Ainsi, bien des  bonnes à tout faire” se sont tout bonnement tranformées en “bonnes à ne rien faire“. Pire, certaines d’entre elles sont devenues si mauvaises qu’elles se sont muées en …filles de joie ou femmes d’affaires douteuses de toutes sortes.

                Ainsi, de la tombée de la nuit aux aurores, on les voit sillonner la ville par grappes entières, le plus souvent accompagnées de leur copines ou accrochées aux bras de leurs “Jules” du village. Elles disposent de leurs lieux favoris de rencontre -des quartiers souvent très distants de leurs lieux de travail- où elles se rassemblent par affinités ou selon leurs origines. Et très tôt le lendemain matin, elles retournent à leur emploi et se remettent au turbin.

                C’est dans ces lieux de rassemblement qu’elles passent également toute la nuit à deviser, à disserter, et à s’adonner à d’autres pratiques qui, le plus souvent, finissent par compromettre et leur travail, et la raison même de leur aventure.

                La plupart d’entre elles sont des fillettes de dix à quinze ans, des jeunettes sans aucune expérience, tellement grisées par les mirages de la cité que le plus souvent, elles prennent les “vessies“ de leurs illusions pour des “lanternes  de la réalité. Elles ont alors vite fait de déchanter, pour avoir abandonné les “oripeaux“ de leur éducation villageoise et calqué leurs style et mode de vie sur ceux de cette citadine qu’elles envient, voire jalousent tant, mais qui, depuis longtemps, a pourtant “vendu son âme au diable“.

                Aussi n’est-il pas étonnant de les voir tomber en grossesse, accoucher dans de mauvaises conditions, abandonner, ou souvent …tuer leurs  bébés, soit parce qu’elles sont incapables de s’en occuper, soit parce qu’elles sont rejetées par leur patronne ou par le géniteur de l’enfant. Et de fil en aiguille, elles finissent par renier toutes les raisons qui les ont poussées à quitter leurs hameaux, et commencent alors à “tisser de la mauvaise toile“.

De la dépravation à la déchéance

                L’humeur le plus souvent exécrable de la patronne, le volume énorme du travail par rapport à leur traitement, les mépris, insultes, brimades et autres maltraitances qu’elles subissent de la part de tous les membres de la famille de la patronne, le refus de cette dernière de la rémunérer… Autant de contraintes et de désagréments qui finissent par pousser les “bonnes” à devenir mauvaises, sinon inconscientes, irresponsables..

                Et les voilà qui se révoltent, qui clament leur ras-le-bol aux assiettes et autres casseroles, qui veulent en finir une fois pour toutes. C’est alors qu’elles s’acoquinent avec une amie qui s’avère le plus souvent être une mauvaise conseillère, ou avec un “élu du coeur“ (une façon comme une autre de se soulager). Elles envoient alors paître leur boulot qu’elles considèrent désormais comme de l’exploitation ou de l’esclavagisme.

                Il arrive que les plus délurées usent d’artifices ou de séduction pour “détourner” ou ravir le coeur du mari de leur patronne. Et elles y parviennent souvent ; et puisqu’après tout, la “faim” d’un mariage justifie les moyens de la séduction. Surtout qu’il y en a qui parviennent à se faire épouser…

                Mais au delà de tous ces problèmes, il y a cette grossesse  qui fait que la plupart d’entre elles n’osent plus retourner au village : la honte, le déshonneur, la crainte d’être indexée, rejetée, voire reniée… Alors, puisque tout est désormais remis en cause, elles préfèrent rester et assumer jusqu’au  bout, quoi qu’il advienne, plutôt que de retourner “comme çà” au village. Alors, elles se cachent, de peur d’être ainsi répérées par une connaissance.

                Mais il y quand même celles qui avortent  pour bénéficier d’une autre chance ou d’une occasion de refaire leur vie au milieu des leurs : un cas pourtant très rarissime. Alors, elles continuent de fantasmer sur de vains espoirs, toujours bercées par le chant des sirènes de la cité.

                Elles ne tiennent plus à gagner leur pain à la sueur de leur front, oh que non : elles estiment avoir dépassé ce stade, puisqu’elles pensent devenues plus roublardes que les citadines. Et elles le prouvent par leur allure provocatrice, par leur habillement outrageant qui sent néanmoins la villageoise, par leurs propos et verbes qu’elles veulent volontiers dévergondés.

                Mais la gaucherie due à leur origine et leur dialecte du terroir viennent toujours attester qu’elles “viennent de loin“ : ce dont elles ne peuvent se défaire, en dépit de leur bonne volonté. Car, comme on dit, “on a beau le chasser, le naturel revient toujours au galop“. Comme pour signifier : ”qu’un morceau de bois a beau séjourner durant des siècles dans l’eau, il ne se transformera jamais en caïman“.

Oumar DIAWARA

Réalité du Franc CFA

18 septembre 2008

Réalité du Franc CFA dans Le Franc CFA barre-africamaat

Préface de la nouvelle édition du livre « Le Franc CFA et l’Euro Contre l’Afrique » par François Ndengwe

Réalité du Franc CFA : Le nazisme monétaire

Le professeur Nicolas Agbohou a donné à son livre un titre qui résume la réalité qu’il décrit et annonce le combat qu’il mène : « Le Franc CFA et l’Euro Contre l’Afrique ».

Quelle est cette réalité ? C’est d’abord la servitude de quinze pays africains à la monnaie française. Un système de parité fixe, sans équivalent dans l’histoire monétaire, ligote la monnaie de ces pays, à la monnaie française, hier le franc français, aujourd’hui l’euro. La singularité de ce système, c’est l’arsenal légal et statutaire qui régit le fonctionnement de la zone franc. Le lecteur est vivement invité à lire avec attention l’analyse que fait Nicolas Agbohou de cet arsenal. A ce jour et à notre connaissance, seuls deux auteurs ont consacré leur ouvrage à cette analyse : feu le professeur Joseph Tchundjang Pouémi, dans un livre paru au début des années 1980s, Monnaie, servitude et liberté – La répression monétaire de l’Afrique [1] et Nicolas Agbohou, dans le livre que vous tenez en mains. C’est dire l’importance de ce livre et l’exceptionnelle valeur du travail qu’a accompli Nicolas Agbohou.

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Livre Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique

La réalité du franc CFA et de la zone franc, c’est aussi et peut-être surtout, le nazisme monétaire. Mettre en lumière cette autre réalité est l’un des intérêts majeurs de la présente et nouvelle édition du livre de Nicolas Agbohou. Le franc CFA, ou franc des Colonies Françaises d’Afrique, est créé le 25 décembre 1945 par un décret signé par trois Français [2] qui ont en commun un double caractère : ils sont imbus de la suprématie blanche ; ils sont de fervents acteurs de l’agression coloniale contre l’Afrique. Surtout, leur pays, la France, vaincue et conquise par l’Allemagne hitlérienne en mai 1940 vient de subir cinq années d’occupation nazie. Or cette occupation n’avait pas que le caractère spectaculairement bestial des hordes de soldats allemands soumettant les Français, pillant et versant le sang. L’occupation allemande de la France fut aussi un formidable champ d’exécution du nazisme monétaire externe.

Conçu par Herman Goering, ministre de l’économie de Hitler, et appliqué aux territoires conquis par les troupes allemandes, le nazisme monétaire externe allemand n’avait que deux objectifs : soumettre et piller. Parce qu’elle était, et de loin, le plus gros des territoires conquis par l’Allemagne, la France a subi le nazisme monétaire allemand avec beaucoup plus de rigueur que les autres territoires eux aussi conquis par l’Allemagne, par exemple la Belgique et la Pologne. Curieusement, alors qu’il existe des tonnes de livres, de mémoires, de thèses de doctorats et d’articles sur l’occupation nazie de la France, et que chaque année apporte de nouvelles publications sur le sujet, il n’existe quasiment rien sur le nazisme monétaire infligé par les Allemands aux Français. Pourquoi ?

La grande surprise ici, c’est le silence des Français, de leurs historiens et de leurs universitaires, d’habitude si diserts, sur ce qui est sans doute l’épisode le plus saignant de l’histoire contemporaine de leur pays. Il faut remonter soixante trois ans plus tôt, pour trouver un Français écrivant sérieusement sur ce sujet : René Sédillot, qui publie en 1945, son livre intitulé Le Franc enchaîné – Histoire de la monnaie française pendant la guerre et l’occupation. Sédillot constate : « Avec les siècles, les formes de pillage sont devenues plus savantes. Les anciens Germains dévastaient en toute simplicité les pays qu’ils avaient conquis. Leurs descendants, en 1940, ont recouru à une méthode de rapine plus subtile et plus fructueuse : ils ont mis le mark à 20 francs ».

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Zone CFA
Copyright, United Nations, 2008

Cette manipulation du taux de change, à l’avantage exclusif du conquérant est l’une des caractéristiques du nazisme monétaire appliqué à la France, nazisme monétaire que celle-ci, une fois libérée du joug hitlérien, appliquera aussi, intégralement et même en l’accentuant à l’Afrique. Ce n’est pas une surprise, les Français créent le CFA en 1945, après l’occupation nazie, la même année où Sédillot publie son livre. Pour cette création, ils ont au préalable récupéré l’arsenal statutaire du nazisme monétaire que leur a infligé l’Allemagne et qui fut entre autres inclus dans la convention d’armistice signée le 22 juin 1940 entre la France conquise et l’Allemagne conquérante. Les Français ont alors fait du copier-coller : à leur tour, ils ont retourné l’arsenal nazi contre les Africains, de sorte que le franc CFA et la zone franc, c’est du nazisme monétaire.

Parmi les nombreux mérites de la présente édition de Le Franc CFA et l’Euro Contre l’Afrique, l’un des plus instructifs est donc que Nicolas Agbohou, ici, est l’un des premiers auteurs à jeter la lumière sur le caractère foncièrement nazi de la zone franc. Du coup, il montre aussi la transmutation par laquelle, la France, d’opprimée et exploitée par l’Allemagne hitlérienne, est devenue oppresseur et exploiteuse de l’Afrique, en usant du nazisme monétaire. Nicolas Agbohou ouvre ainsi un vaste domaine de recherches que devront explorer historiens, économistes et divers chercheurs.

Nicolas Agbohou n’est pas qu’un chercheur. Il est aussi un combattant pour la justice. Son livre est un outil de ce combat. Combat contre le double caractère malsain des pères fondateurs du franc CFA : suprématie blanche, agression coloniale de l’Afrique. Double caractère qui est hélas une immuable constante de la zone franc et qui permet à l’Etat français de réussir l’exploit de maintenir intact son système de domination monétaire des pays CFA, malgré les « indépendances » qu’elle leur a accordées dans les années 1960s. Rien n’a changé, pas même le sigle : on a gardé CFA, qui signifie désormais quelque chose comme Communauté Financière d’Afrique.

Combat contre l’infantilisation dans laquelle la zone franc maintient l’Afrique, infantilisation qui relève du syndrome « Ne-le-faîtes-pas-vous-même, nous-nous-en-chargeons-pour-vous » . Au lieu de gérer eux-mêmes leurs réserves, les États CFA les confient au Trésor français. Au lieu de fixer eux-mêmes leurs objectifs de taux d’inflation, ils se contentent de singer ceux de la France et aujourd’hui de l’eurogroupe. Au lieu de favoriser et intensifier les échanges entre eux, les États CFA miment les « critères de convergence » définis par la France et l’eurogroupe. Au lieu de se doter des moyens techniques pour fabriquer eux-mêmes leur monnaie, ils se contentent de tout sous-traiter aux imprimeries de la Banque de France, qui facturent au prix fort. Au lieu d’encourager l’émergence d’une élite africaine d’économistes et financiers compétents et indépendants, capables de défendre les intérêts africains, de promouvoir le point de vue africain et de le faire entendre dans le monde, les Etats CFA, s’en remettent aux « experts » de la Banque de France et du Trésor français ou à ceux des institutions multilatérales comme le FMI ou la Banque Mondiale.

Toute politique sans contradicteurs est corrompue. C’est précisément le cas de la zone franc et du franc CFA en Afrique. Dans cette zone, les questions monétaires sont un sujet tabou, la répression sévère, parfois meurtrière, comme ce fut probablement le cas concernant le décès, certains disent l’assassinat de Tchundjang Pouémi. Les premiers responsables de cette situation sont les dirigeants africains. Au lendemain des « indépendances », ils ont embarqué leurs populations dans l’impasse du franc CFA, lequel n’est rien d’autre que la prolongation de l’agression coloniale et raciale contre l’Afrique. Cette monnaie a admirablement servi le but pour lequel il fut créé : être l’instrument de « l’appauvrissement automatique de l’Afrique et de l’enrichissement automatique de la France » , pour paraphraser René Sédillot. Il y avait d’autres voies. Par exemple celle choisie par les pays du Maghreb, dès qu’ils se sont libérés du joug colonial français. Ces pays se portent aujourd’hui infiniment mieux que les pays CFA. Toutes les études le montrent, la décision de quitter la zone franc est pour beaucoup dans la meilleure santé économique de ces pays maghrébins.

Le travail de Nicolas Agbohou peut donc être considéré comme une œuvre salutaire contre la corruption en Afrique. En déchirant le voile du tabou, en mettant le débat sur la place publique, en présentant aussi objectivement que possible tous les termes du débat, il rend un grand service à l’Afrique entière. S’il vise les décideurs qui, par leurs fonctions dans l’appareil d’État, sont capables de prendre les mesures nécessaires à la libération monétaire de l’Afrique, Nicolas Agbohou s’adresse d’abord au plus commun des citoyens africains : bien informés, ceux-ci seront mieux armés pour obliger leurs dirigeants à prendre les meilleures décisions. Ici encore, il faut rendre hommage à Nicolas Agbohou : il a abandonné le jargon des hommes de sa profession, les économistes, pour utiliser une langue simple, que peut comprendre tout Africain qui accepte de faire le moindre effort personnel.

Au livre de Tchundjang Pouémi publié voici bientôt trente ans, les adeptes du statu quo néocolonial et les bénéficiaires du nazisme monétaire français ont répondu par un silence. Total black out. Ils ont refusé le débat. Il n’y a pas eu débat. Ils ont été imités par leurs relais dans les cercles influents, en l’occurrence le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement, qui ont la mainmise sur les questions économiques ou stratégiques concernant l’Afrique. Les banques centrales des pays CFA ont réagi exactement comme ces adeptes et ces bénéficiaires. A la première édition de Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, publiée en 1999, l’année de l’introduction de l’euro, on a observé encore la même réaction de ces adeptes, de ces bénéficiaires et de ces banques centrales. Jusqu’ici, cette réaction, ainsi que la répression et l’intimidation contre la pensée libre en Afrique ont bloqué tout débat sur ce qui est sans doute le plus grand scandale monétaire de toute l’histoire et aussi la principale cause de l’appauvrissement de centaines de millions d’Africains.

Les choses pourraient être différentes avec la présente édition. Deux éléments nouveaux poussent à le croire. D’abord, l’euro n’a apporté aux Africains aucun des nombreux bienfaits qu’on leur avait promis lors de l’introduction de cette monnaie et de l’arrimage du franc CFA à elle. Au contraire, les populations africaines souffrent aujourd’hui plus que jamais de l’asservissement du franc CFA à l’euro : l’appréciation considérable de l’euro par rapport au dollar a pour conséquence l’appréciation automatique du franc CFA et donc aussi une dévastatrice perte de compétitivité des pays CFA.

Second élément, le plus important, la guerre en Côte d’Ivoire. La guerre que les bénéficiaires du nazisme monétaire français ont provoquée en Côte d’Ivoire ces cinq dernières années, a permis à grand nombre d’Africains, en premier lieu les Ivoiriens, d’identifier clairement les ennemis de l’Afrique. Des millions d’Africains sont descendus dans la rue pour affronter les chars ennemis et protéger les responsables Ivoiriens décidés à défendre l’intérêt Africain et à mettre fin au néocolonialisme dont le franc CFA n’est qu’un aspect. Un nombre considérable d’Africains, souvent des jeunes, sont morts dans ce combat pour la libération de la Côte d’Ivoire et celle de l’Afrique.

Une responsabilité particulière est donc placée sur les épaules des dirigeants actuels et futurs de la Côte d’Ivoire. Toutes ces victimes, tous ces jeunes, sont-ils morts pour rien ? Le débat pour la libération définitive de l’Afrique ne peut plus être interdit. Or cette libération passe, à notre avis, par un rejet du franc CFA. Il ne peut donc plus y avoir tabou, et aujourd’hui, l’on ne peut plus répondre à Nicolas Agbohou par le black-out.

Mieux, les dirigeants de Côte d’Ivoire, ont pour ainsi dire l’obligation d’aller de l’avant sur le chemin de la libération. Or il se trouve que, malgré la guerre qui a considérablement affaibli ce pays, économiquement, politiquement et administrativement, le divisant en deux territoires antagonistes, l’un aux mains des rebelles et de leurs commanditaires étrangers, la Côte d’Ivoire demeure et de loin, la plus importante économie de l’UEMOA, représentant à elle seule près de 40% du PIB de cette union. La sortie de la Côte d’Ivoire de l’UEMOA sonnerait le glas de la zone franc.

Tout ceci souligne l’importance exceptionnelle aujourd’hui de la Côte d’Ivoire pour le progrès en Afrique. L’année 2008, est annoncée comme aussi l’année des élections en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens, quel que soit leur niveau de responsabilité, doivent bien saisir la portée des choix qu’ils auront à effectuer lors de ces élections. Tout mouvement vers la libération étant pour l’instant invisible dans la zone CEMAC soumise à des autocrates s’éternisant au pouvoir, totalisant près de deux siècles d’exercice continu de dictature, c’est à l’UEMOA que revient la tâche de lancer la marche vers l’émancipation de l’Afrique. Et à l’intérieur de l’UEMOA, c’est au leader de cette union, la Côte d’Ivoire, de donner le cap.

Il se trouve que Nicolas Agbohou, patriote panafricain convaincu, est aussi Ivoirien. Il se trouve aussi que c’est en Côte d’Ivoire que Tchundjang Pouémi a élaboré sa théorie et rassemblé les éléments qui lui ont permis d’écrire son livre. Nicolas Agbohou, en digne successeur de Tchundjang Pouémi, est un Ivoirien conscient des responsabilités qui incombent à son pays dans le combat sans merci contre le nazisme monétaire français en Afrique. Les dirigeants ivoiriens pourraient-il l’écouter ? Les dirigeants Africains pourraient-ils lui prêter l’oreille ?

La France exploite l’Afrique par le biais du franc CFA

18 septembre 2008

La France exploite l’Afrique par le biais du franc CFA

La France exploite l’Afrique par le biais du franc CFA dans Le Franc CFA barre-africamaat

Mamadou Koulibaly appelle à la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.

La France exploite l’Afrique par le biais du franc CFA

Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée Nationale de Côte d’ Ivoire et professeur d’économie, fait la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc en raison de l’indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd’hui sur l’euro. Dans cet entretien réalisé par Ruth Tete et Soh Tadhieu de New African, Mamadou Koulibaly ne mâche pas ses mots et appelle à la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.

Pourriez-vous expliquez à nos lecteurs quels sont les principaux mécanismes de la zone Franc ?

Mamadou Koulibaly : La zone du franc CFA est une union de coopération monétaire dont les leviers de contrôle se situent à Paris où priment les intérêts de la France. Les États satellites, membres de cette zone, sont des pays d’Afrique occidentale et centrale. La logique qui sous-tend le fonctionnement de cette zone rappelle la manière dont les États de l’Europe de l’ Est étaient liés à l’ex-Union soviétique par le biais du Pacte de Varsovie à l’époque de la Guerre froide.

Les principes de la coopération monétaire entre la France et les États membres de la zone franc ont été énoncés dès les années 1960 dans le cadre d’un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les États membres de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) et la France d’une part, et par l’accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l’Union Monétaire Ouest-africaine (UMOA) et la République française d’autre part.

Juste avant que la France n’accède aux demandes d’indépendance des pays africains dans les années 1960, elle a obligé ces États à placer 65% leurs réserves de change sur un compte du Trésor français, après avoir défini un taux de change fixe du franc CFA.

Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes [BEAC et BCEAO, ndlr], ces banques n’ont d’africain que le nom. En réalité, elles n’ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays de la zone franc qu’ils sont maîtres de leur destinée.

Les pays de la zone franc continuent de perpétuer un système mis en place par l’ancien bourreau colonial.

Comment décririez-vous la situation financière des pays de la zone franc depuis qu’ils font partie de cette union monétaire ?

Mamadou Koulibaly : La zone franc a engendré un long débat. D’une manière générale, il ne faut pas oublier que cette union a apporté à la France d’immenses avantages en termes de marchés pour ses biens et services. La situation monétaire des pays de la zone franc est une longue histoire de secrets jalousement gardés par la France, dont la seule préoccupation est de préserver ses intérêts.

Par exemple, les réserves de change des États de la zone franc sont placées sur un compte commun du Trésor français, mais aucun pays africain n’est capable de dire quelle partie de cet argent durement gagné lui appartient. Seule la France a le privilège d’accéder à ces informations.

Et pourtant ces fonds, placés sur des « comptes d’opérations », génèrent des intérêts à chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins d’importation des pays africains concernés.

Ces comptes d’opérations, en vertu des accords de coopération monétaires signés par la France et les pays de la zone franc, sont en théorie assortis du principe de découvert illimité. Cependant, les autorités françaises ont inclus, dans les statuts des banques centrales africaines, des mesures, parfois préventives, destinées à éviter que les comptes d’opérations deviennent constamment débiteurs.

Les opérations liées au franc CFA sont secrètes et seul le Trésor français connaît montant des fonds appartenant aux pays de la zone franc placés sur les comptes d’opérations. Seul le Trésor français peut indiquer le niveau de rémunération ainsi que les frais de gestion de compte. Le système est donc opaque et autoritaire.

Les économies de la zone Franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la zone franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. De fait, l’unité monétaire profite aux pays les plus riches et encourage l’exploitation des pays les plus pauvres. L’existence d’un système monétaire stable et unifié n’a pas conduit à l’émergence d’un système bancaire et financier efficace dans les pays africains de la zone franc. Sur les 107 banques que comptent ces pays, 42 avaient fait faillite en 1990. Les réseaux bancaires, qui se sont constitués par la suite, dépendent fortement des banques françaises.

La France encourage les pays de la zone franc à vivre largement au-dessus de leurs moyens. Quelle différence y a-t-il entre le Gabon dont les réserves de change sont placées en France et le Ghana, qui possède sa propre monnaie ? Ou entre le Cameroun et le Kenya ? Le Bénin et la Tunisie ? Ces questions suscitent des questions légitimes sur le bien-fondé de la zone franc.

La zone franc existe depuis plus de soixante ans. Comment expliquez-vous qu’elle perdure malgré les effets négatifs qu’elle continue de produire dans pays africains ?

Mamadou Koulibaly : A mon avis, cela est dû à l’influence que la France exerce sur les pays d’Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire, qui génère un afflux de capitaux, mesures d’austérité limitant le risque d’inflation et permettant de maintenir l’équilibre de la balance extérieure, et crédibilité de la monnaie.

Les partisans du franc CFA font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu’ont exercée les présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc. Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d’émancipation du système : la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l’uranium au Niger, de l’or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d’entreprises du service public en Côte d’Ivoire, auxquelles sont à ajouter d’autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal.

Quand le Sénégal a annoncé récemment qu’il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Vénézuela de l’aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources.

Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n’ont fait qu’empirer la situation en prétendant qu’elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l’inverse des pays occidentaux ou asiatiques.

Elles se satisfont de voir États africains être réduits l’état de contribuables au profit de la France, avec les 65% de réserves de change qu’ils déposent chaque année auprès du Trésor français ! Et pourtant, nos citoyens n’ont pas la nationalité française, et non pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français. Cela conduit à une situation qu’on ne peut que qualifier d’asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu’ils ne pouvaient se passer de la France.

C’est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s’y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l’aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants. Chaque jour, la mondialisation crée des milliers d’opportunités dont nous ne tirons pas profit, parce que nous sommes piégés dans un système inefficace.

Une réunion des ministres des Finances des pays de la zone franc s’est tenue à Paris le 14 octobre 2007. Cette réunion précède traditionnellement la conférence d’automne de la Banque Mondiale et du FMI. Vous avez été ministre des Finances de Côte d’Ivoire, et peut-être avez-vous eu l’occasion de participer à ces réunions. Beaucoup d’Africains disent que rien de positif pour le peuple africain ne ressort de ces réunions. Est-ce vrai ?

Mamadou Koulibaly : Je n’ai jamais participé à ce type de réunion quand j’étais Ministre des Finances. Mais la plupart des pays de la zone franc sont faible. Avec des économies sous perfusion, ils n’ont aucun poids dans les décisions prises dans le cadre de ces réunions. On peut donc se demander pourquoi ils continuent de se rendre à ces réunions dans lesquelles ils n’ont aucune voix. En agissant ainsi, ces pays montrent qu’ils sont convaincus que la France peut tout faire pour eux. Nos pays préfèrent choisir la solution de la facilité même si elle met en danger l’emploi, les revenus, l’épargne et les investissements privés. Nous nous rendons complices du piège de la pauvreté dans lequel nous avons été poussés.

Pourriez-vous citer au moins trois raisons pour lesquelles les États africains devraient se libérer du franc CFA ?

Mamadou Koulibaly :En premier lieu, le franc CFA est coercitif, injuste et moralement indéfendable. Il a favorisé la corruption de l’État. Au moment des élections françaises, les pays de la zone franc sont sans cesse sollicités pour donner des dons aux hommes politiques français, une obligation qui ne peut se justifier. Ces « cadeaux » ont été à l’origine de nombreux conflits et ouvrent la voie à de nombreuses autres formes de corruption.

Ce sont ces relations qui perpétuent le monopole français dans les pays de la zone franc, malgré la mondialisation. Sous prétexte d’aider les pays pauvres avec l’argent du contribuable français, c’est la classe politique française et africaine qui s’enrichit de manière illicite. Cette réalité justifie à elle seule l’abandon de la zone franc.

La libéralisation économique et financière ne peut se produire avec un taux de change fixe et une zone d’influence économique créée artificiellement.

En fait, l’émergence de tensions apparues au sein du système monétaire international et les crises financières de ces dernières années portent à croire que le choix du régime de taux de change dépend du système d’engagements pris auprès des autorités monétaires. Et pourtant, la restriction de la liberté des pays de la zone franc dans le domaine de la politique monétaire ne protège pas du risque de dévaluation du franc CFA. Ainsi, dans les années 90, faisant fi de la clause de découvert illimité, la France a ordonné la dévaluation du franc CFA. Avant la dévaluation, 1 franc français s’échangeait contre 50 francs CFA. En 1994, après la dévaluation, 1 FF s’échangera contre 100 FCFA. Les autorités françaises sont pourtant arrivées à faire croire que le taux de dévaluation était de 50%, alors que nous venions de subir une dévaluation de 100% !

Après l’abandon du système, quel avenir monétaire proposez-vous aux pays africains du point de vue monétaire ?

Mamadou Koulibaly :Étant donné les enjeux, il est nécessaire d’entreprendre des réformes financières et monétaires. La monnaie doit être au service de l’économie. Elle doit s’adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d’améliorer la convergence et l’ajustement macroéconomiques et de financer le développement.

Il est vital aujourd’hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu’il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d’une politique macroéconomique librement choisie. Il n’y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d’en assumer la responsabilité. La liberté n’a de sens que si elle est assortie de responsabilité.

Une fois la rupture accomplie, les pays de l’ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c’est-à-dire la France, mise en place d’un système fiscal simple sans règles d’imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies. Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités. La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l’Union Européenne avant l’introduction de l’euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles.

La deuxième option, c’est que les pays africains s’unissent et créer une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlée par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu’une politique économique monétaire et budgétaire uniques.

Quelle que soit la solution adoptée, les États doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s’ils veulent hypothéquer ces droits. Tout commence avec l’attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre échange fera le reste.

En 2005, vous avez publié un livre intitulé « Les servitudes du pacte colonial ». Pourriez-vous expliquer brièvement le sujet de cet ouvrage et le message qu’il transmet ?

Mamadou Koulibaly :L’objectif de ce livre était de faire connaître au public le « pacte colonial », fondement des accords de coopération franco-africains. Il s’agit d’un modèle institué par la France sous De Gaulle à la veille de l’indépendance des États d’Afrique francophones, destiné à contrôler indirectement les affaires de ces pays de manière subtile, sans apparaître en première ligne comme pendant la longue période coloniale. Le livre publie les textes utilisés pour organiser les interventions de l’ État français, malgré la fin de l’époque coloniale dans les années 1960. Selon ce pacte colonial, les présidents des États d’Afrique francophone doivent diriger leurs pays en fonction des intérêts de Paris.

L’indépendance s’est donc résumée au transfert de compétences de l’ Élysée aux chefs d’ État africains, qui doivent faire acte d’allégeance à la France, et non aux peuples qu’ils gouvernent.

Paris se charge de leur dicter les politiques à adopter. Ce livre révèle comment les accords de Défense sont en réalité que des accords commerciaux obligeant les États d’Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à intervenir pour chasser les dirigeants récalcitrants afin de les remplacer par des individus plus dociles.

Dans ce livre, on découvre que la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l’Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s’assurer qu’elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé « l’indépendance » aux pays africains.

Par le biais de ce pacte colonial, la France est demeurée omniprésente en Afrique francophone et a conservé les avantages d’hier. Paris a confisqué la véritable indépendance des pays d’Afrique francophone.

Nous nous devons de dénoncer collectivement ce pacte colonial. Lors de sa visite au Sénégal en juillet 2007, le fraîchement élu président français Nicolas Sarkozy a reconnu que la colonisation était un crime contre l’humanité, mais a refusé de se repentir. Les Africains doivent dénoncer tous les accords et systèmes qui éloignent l’Afrique des marchés. Le pacte colonial constitue une violation du droit de propriété africain.

Etes-vous parvenu à transmettre ce message à travers ce livre ?

Mamadou Koulibaly : Je pense que oui. Je voulais partager mes convictions avec un grand nombre d’ Africains. Et d’amis de l’Afrique, afin qu’ils soient dans une meilleure position pour mesurer les dangers du pacte colonial, du contrôle de l’ État, et surtout de prendre conscience que la gestion de l’économie sous l’emprise du pacte colonial est une source de pauvreté dans nos pays. Nous ne voulons pas l’aumône ; notre problème n’est pas le manque d’argent. Je suis convaincu que nous devons avant tout revendiquer clairement nos droits de propriété sur nos terres et nos ressources, qui ont été aliénées par les colons, et dont le pacte colonial nous dépossède aujourd’hui. Enfin, je voulais dire que l’Afrique a un besoin urgent de libertés individuelles, d’un contrôle de l’Etat limité, de marchés libres, d’une société ouverte et de la paix, qui ne peuvent exister que si la liberté économique et politique est respectée.

In New African, Janvier 2008

Comment l’aide humanitaire appauvri l’Afrique ?

18 septembre 2008

Comment l’aide humanitaire appauvri l’Afrique ?  dans Arnaques  Humanitaires barre-africamaat 

L’aide au pays du sud n’est qu’une simple astuce commerciale permettant aux firmes multinationales occidentales de multiplier leurs profits sous couvert d’aide humanitaire.

Comment l’aide humanitaire appauvri l’Afrique ?

Edward Goldsmith nous livre une analyse crue du mécanisme de l’aide au pays du sud, qui n’est selon lui qu’une astuce commerciale permettant aux firmes multinationales de multiplier leurs profits sous couvert d’aide humanitaire. [1]

La technique du « colonialisme informel » n’est pas neuve. Elle a souvent servi pendant l’ère coloniale, en Égypte comme en Tunisie. Le bey de Tunis avait beaucoup emprunté pour renforcer son armée et relâcher ses liens avec la Turquie. Une grande part de la somme empruntée correspondait à des obligations détenues par des Français, qui réclamèrent l’aide du Quai d’Orsay et furent entendus. La gestion du bey devait être soumise à une supervision, technique éprouvée par la France et l’Angleterre et que prolonge le FMI.

La commission mixte Franco-tunisienne, créée en 1869, imposa des conditions draconiennes. Elle s’octroyait le droit de collecter et de distribuer les revenus de l’état afin de garantir que les actionnaires fussent les premiers servis.

Le président William Charron a obligé le Mexique à accepter un accord semblable, en hypothéquant sa principale richesse, le pétrole, en échange d’un prêt de plusieurs milliards de dollars pour servir de caution aux financiers de Wall Street.

A partir de 1869, les finances publiques de la Tunisie, et donc son gouvernement effectif, sont sous contrôle étranger. La Tunisie devient une « colonie informelle« .

Les pressions étrangères pour le paiement des intérêts s’accroissent, le bey doit augmenter les impôts, et, de ce fait, le peuple s’agite et accuse le gouvernement d être vendu aux étrangers. L’annexion réelle a lieu en 1881 (peut-être n’aurait-elle pas eu lieu sans la crainte que l’Italie ne prenne les devants).

Une histoire identique s’est déroulée en Égypte. Harry Magdoff la résume à la perfection : « La perte de souveraineté de l’Égypte rappelle le produit de l’œuvre en Tunisie : crédit facile prolongé par les Européens, banqueroute, contrôle croissant de la commission de la dette extérieure exploitation des paysans pour récolter les fonds du service de la dette, agitation nationaliste grandissante conquête militaire pur un pouvoir étranger« .

L’ère du développement a, bien entendu, perfectionné la technique du prêt comme moyen de contrôle.

On en cache désormais le plus gros sous l’euphémisme « aide », justifiée par la pauvreté du tiers-monde, un symptôme de sous-développement, dont le développement semble le palliatif automatique. Pour y remédier, il faut des capitaux et un savoir technique, ce que, précisément. le système des firmes occidentales procure. Selon les mots de John M. Galbraith, « ayant le vaccin, nous avons inventé la vérole« .

On érige actuellement en modèle les nouveaux pays industriels comme la Corée du Sud, Taiwan, Singapour ou Hongkong. Or ni Singapour, ni Hongkong n’ont beaucoup emprunté pour leur développement. Taiwan, a emprunté un peu, au début, mais a su résister à la pression des Etats-Unis pour l’amener à dépenser plus. Seule la Corée du Sud a emprunté de façon notable. Si elle a réussi là où d’autres ont échoué, et racheté sa dette par les exportations, c’est parce que, précisément, elle a su résister aux pressions de la Banque mondiale et du FMI qui insistaient pour qu’elle ouvre ses marchés.

Le contrôle des importations et des capitaux a été maintenu par Séoul, comme l’avait fait auparavant le Japon. S’il est clair que le développement exige des capitaux, note l’économiste Cheryl Payer, « dans le monde d’aujourd’hui, la vraie rareté n’est pas le capital mais les marchés« .

L’aide se révèle actuellement un excellent instrument pour ouvrir les marchés, une bonne part de cette assistance étant liée à l’acquisition de produits exportés par le pays donateur. Comme les colonies de jadis, forcées d’acheter les biens manufacturés de la métropole, les bénéficiaires des crédits doivent dépenser jusqu’à 70 % d’un argent censé soulager la pauvreté et la malnutrition en biens d’équipement inadaptés et en produits industriels des généreux donateurs. Et s’ils osaient refuser d’acheter, ils se retrouvèrent vite à genoux par la simple menace de supprimer les ressources dont ils dépendent toujours plus.

Ainsi conçue, l’aide est, en général, inutile aux pauvres du Sud pour la bonne raison que l’économie locale, qui seule peut les nourrir, n’a nul besoin d’autoroutes, de grands barrages, de semences hybrides engrais et pesticides de la révolution verte . Ces produits n’intéressent que l’économie globale qui s’étend aux dépens de l’économie locale, dont elle détruit l’environnement, dont elle désagrège les communautés, dont elle capte les ressources une à une : eaux, forêts, terres et … bras.

La crise de la dette du début des années 80 avait tari l’investissement privé dans les pays du Sud, et l’argent frais proposé par les banques multinationales du développement servait surtout au remboursement des intérêts sur les prêts que les pays débiteurs avaient contractés auprès des institutions privées, Tout cela a changé en quelques années.

L’investissement privé dans certains pays du Sud appelés désormais « pays émergents » – a progressé par bonds pour atteindre 200 milliards de dollars par an, dont la moitié en placements à long terme, l’autre moitié en fonds spéculatifs à court terme.

Cette augmentation massive s’explique en partie par l’inadéquation entre les immenses sommes d’argent disponibles aux Etats-Unis et dans les autres pays industriels, qui cherchent à se placer, et le manque d’opportunités dans les Etats développés. En partie aussi parce que l’on a instauré dans le monde entier des conditions on ne peut plus favorables aux sociétés multinationales : une abondante main-d’œuvre non qualifiée, mais aussi des techniciens et cadres hautement qualifiés, à très bas prix.

Ces sociétés ont, de surcroît, accès à tous les services financiers et aux dernières techniques informatisées de production et de gestion.

Qui plus est, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) met désormais les pays du Sud dans l’obligation d’accepter tout investissement étranger, de traiter en « compagnie nationale » toute firme étrangère établie sur leur sol dans l’agriculture, les mines, l’industrie et les services, d’éliminer les droits de douane et quotas d’importation sur toute marchandise, produits agricoles y compris, et d’abolir les obstacles non tarifaires au commerce, tels que la législation sur le travail, la santé et l’environnement qui risqueraient d’augmenter les coûts de production.

aide_2 dans Arnaques  Humanitaires

Aucun gouvernement, même au Nord, n’exerce plus de contrôle sur les entreprises multinationales.

Si une loi dérange leur expansion, elles menacent de partir, et elles peuvent le faire sur-le-champ. Elles sont libres de courir la planète pour choisir la main-d’oeuvre la moins chère, l’environnement le moins protégé par la loi, le régime fiscal le moins onéreux, les subsides les plus généreux. Plus besoin de s’identifier à une nation ou de laisser un attachement sentimental (fût-il patriotique) entraver leurs projets. Elles se trouvent totalement hors de contrôle.

A mesure qu’un petit nombre de firmes s’emparent du marché mondial des biens qu’elles produisent et distribuent, la concurrence entre elles correspond de moins en moins à leur intérêt. La compétition réduit les marges ; la coopération, en revanche, leur permet de renforcer leur emprise sur les gouvernements, et de faire face à l’opposition grandissante des mouvements populistes, nationalistes ou autres, qui voudraient réduire leur influence et leur pouvoir. De plus en plus, les firmes pratiquent l’intégration verticale, qui leur permet de contrôler chaque étape du fonctionnement de leur secteur, de l’extraction des minéraux, par exemple, à la construction d’usines, à la production de marchandises, au stockage, au transport vers les filiales étrangères, à la vente en gros et au détail. Elles s’assurent que ce sont elles qui fixent les prix à chaque étape, et non – comme elles le font croire -le marché.Les transactions mondiales s’opèrent de plus en plus massivement entre les multinationales et leurs filiales.

Il ne s’agit plus de commerce véritable mais du produit d’une planification privée centralisée à l’échelle de la planète.

Pour Paul Enkins, économiste et écologiste britannique, les multinationales deviennent  » des zones géantes de planification bureaucratique, au sein d’une économie, par ailleurs, de marché. Une similarité fondamentale existe, selon lui, entre firme géante et entreprise d’Etat, « Les deux emploient des structures de commandement hiérarchisé pour allouer des ressources dans les frontières de leur organisation, au lieu de se tourner vers le marché« .

Quel garde-fou, se demande-t-on, pourrait empêcher 50 %, 60 % ou 80 % du commerce mondial d’opérer ainsi l’intérieur des « frontières d’organisations ?

Notre avancée sur cette voie peut déboucher sur l’ère de planification centrale à l’échelle de la planète : le colonialisme global des firmes. Ces nouvelles puissances coloniales ne répondent pas à leurs actes et ne rendent compte qu’à leurs actionnaires. Ce ne sont guère que des machines à accroître leur profit immédiat. Mais elles auront désormais le pouvoir de forcer un gouvernement à défendre, si besoin, leurs intérêts contre ceux du peuple qui l’a élu.

Ce nouveau colonialisme des firmes transnationales risque fort d’être le plus impudent et le plus brutal que l’on ait jamais vu.

Il pourrait déposséder, appauvrir et marginaliser plus de gens, détruire plus de cultures, causer plus de désastres écologiques que le colonialisme de jadis ou le développement des cinquante dernière années.

Combien de temps tiendra t-il ? Peut-être quelques années ou quelques décennies, mais une économie générant la misère à cette échelle ne peut survivre longtemps.

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